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Sous ce chapeau d’homme invisible, le recueil du Midrach Rabba, ce vaste  recueil d’histoires qui bordent les versets de la Torah. Ce nuage de légendes, de petites histoires aussi que le talmud reprend parfois, adoucit la loi, diachronise son application, nous plonge dans la « mer des histoires » comme dit Salman Rushdie.

Midrach laïque "Le livre de Jonas" - leçon 6



Sous les lieux sous les mers

Dans le commencement des temps, le cinquième jour exactement du rechit, le gros poisson a été créé avec ce projet déjà que Jonas aurait, bien des siècles plus tard, à être englouti par lui[1]. Une telle inscription dans le Livre affecte à ce voyage sous les lieux sous les mers une dimension toute messianique, et nous dissuade d’y voir quoi que ce soit de fortuit.

Notre hypothèse est que l’effroi qui se saisit de Jonas dès l’énoncé de la parole divine est le dispositif qu’utilise Dieu pour lui transmettre un mouvement, fut-il désordonné, afin in fine de le faire aller là où il ne voulait pas aller.

Midrach laïque "Le livre de Jonas" - leçon 5

Où l’on fait connaissance avec le commandant du bateau

À peine quatre versets sont passés depuis que Jonas a été réveillé par la Voix qui lui ordonnait de se lever et d’aller prophétiser à Ninive. Quatre versets : le temps d’affréter un bateau pour s’enfuir dans la direction opposée et de s’endormir au fond de la cale pour s’abstraire du  grand vent que Dieu avait levé. Mais décidément Jonas est empêché de dormir tranquille. Cette fois c’est le capitaine du bateau, effrayé par la tempête, qui s’approche : « Qu’as-tu à dormir ? Lève-toi, invoque ton Dieu ! Peut-être aura-t-il souci vers nous, et nous ne périrons pas » 1.6[1]. Si Ce koum קוּם, lève-toi, est commun aux deux adresses, on remarque que bien loin de la pureté de langue du tétragramme, le capitaine parle un hébreu truffé d’expressions nuances ou intonations caractéristiques du dialecte du Nord. Rien d’étonnant à ce que le capitaine ne s’exprime pas dans l’hébreu le plus classique, mais dans un mélange d’hébreu et d’araméen peu stabilisé qu’on appelle aussi hébreu michnéique[2], dont plusieurs formulations rares sont révélatrices : ma lekha dirdam qu’as-tu à dormir ? ou oulai itachet haeloyim peut-être le dieu aura-t-il souci vers nous. Quant au capitaine lui-même, il est désigné par l’expression particulière de rav ha’hovel, autrement dit le chef des cordes[3], ou même littéralement le grand[4] des cordes.

Sans doute ces mots dialectaux rappellent-ils à Jonas à son corps défendant sa mission de quitter l’entre soi de l’hébreu et d’aller parler aux Ninivites dans leur langue. C’est toute la façon de la tradition hébraïque que de s’attarder au lettre à lettre d’un récit, et de voir qu’ici, par le mélange insinuant des deux langages hébreu et araméen, quelque chose se dit d’une frontière que Jonas doit passer.

Midrach laïque "Le livre de Jonas" - leçon 4

Lâcher la tentation d’une « présence totale »[1]

Entre Jaffa d’où il part, Tharsis où il s’enfuit, Ninive où il finira par se rendre en passant par le fond de l’océan, Jonas ne tient pas en place, il fait route mais vers quoi, ou fuyant quoi ? Les trois lieux dans lesquels il espère se fuir et où il ne fait que se retrouver davantage sont portés par les lettres de son nom Yona יונה : Jaffa d’où il part c’est le Yod, Ninive le Noun, et Tharsis le He[2]. Ces trois lieux sont un triangle dont il ne peut s’échapper, et dessinent la forme que prendra pour lui le passage de la vie, triangle œdipien sans doute, traversée entre père et mère, à peine le temps de leur donner un plus juste poids. Que son père s’appelle Amitthaï אֲמִתַּי, nom que la torah utilise également pour nommer Dieu en tant que mesure de la Vérité, n’est pas sans importance.

Ce parcours déjà inscrit dans son nom ne vaut pas présage (dans la tradition juive omen n'est pas nomen) mais pointe un signifiant pris dans le nom que l’histoire va développer, non pas de manière mécanique mais plutôt sous forme de question. Et Jonas commence par résister à son nom

Midrach laïque "Le livre de Jonas" - leçon 3

Témoigner du double bind serait la mission du prophète

Etre prophète est-ce une élection, un métier, un appel ? En tout cas une vocation douloureuse qui a fait de Jonas cet homme en colère, dont le premier geste en ouverture du livre est de fuir la Parole divine. Doté de dons excessifs, appelé à voir la mort de près, chargé encore très jeune de missions épouvantables et soumis à d’énormes pressions, il a accumulé depuis l’enfance rage et frustration. L’opération pour Dieu sera d’amener cet homme en colère, et qui a ses raisons de l’être, à un rapport plus apaisé au monde et vers le pardon. Le livre se termine d’ailleurs sans certitude qu’il y soit parvenu. Le pardon n’est pas toujours possible (il y a de l’imprescriptible dit Jankélévitch[1] à propos de la Shoah) et ceux qui ont vu la mort de trop près n’y parviennent pas toujours.

La vie de prophète est une vocation à risque. Ces hommes de Dieu[2] errent souffrants, à l’écart des familles, engagés dans un combat inégal contre tout ce qui ne va pas dans le monde.

Midrach laïque "Le livre de Jonas" - leçon 2

Le supplément du pardon


Un midrach le remarque, en commentant le verset Genèse 3,8 où le mot jour hayom n’a pas de fonction syntaxiquement repérable. Rabbi Yanaï questionne : Quel jour ? le jour du pardon, yom ha-kipourim, jour qui échappe à la logique assez réglée de l’alternance des jours et des nuits et à la dichotomie qu’elle permet d’exprimer. Ce jour ajouté, du reste probable erreur de copiste, déborde les catégories ordinaires, comme s’il se situait hors du temps et hors du monde. Cette unicité place kippour hors de la chronologie générale et fait du geste du pardon un geste supplémentaire par essence.



Bien après l’achèvement de la fresque des jours au premier chapitre de la Genèse, alors que la création du monde semblait dès lors terminée, après que l’homme à la toute fin ait été lui aussi créé (dans le dernier quart-d’heure selon une des hypothèses midrachiques[1]), un jour supplémentaire et unique aurait été donné.

Notre étude de Jonas, dont la liturgie a fait un des principaux piliers de la journée du kippour, garde en visée le pardon, qui échappe toujours, ainsi que son corollaire probable l’amour,

Midrach laïque "Le livre de Jonas" - leçon 1

Une première leçon qui n’en est pas une

L’histoire est assez bien connue, ne laissons pas le suspens là où il n’est pas : un homme veut aller quelque part, ou plus exactement depuis Dieu il reçoit l’ordre régalien d’y aller, puis le refuse, puis y va. Il n’est pas dans notre propos d’entrer dans le vif du sujet, mais plutôt d’installer une atmosphère, d’initier par l’étude un geste qui s’apparente à se trouver perdu quelque part sans l’être totalement, comme on l’est dans l’océan du talmud, comme Proust arrivant à Venise raconte le moment délicieux où il se trouvait encore dans le « se perdre » d’une ville, dans un rapport à un objet absolument non féchitisable. Conformément à la pratique juive de résoudre les problèmes en les augmentant, nous aborderons le sujet Jonas non pas directement mais par une multitude de boucles, hypothèses et réflexions qui nourrissent la navigation.

Ma première hypothèse est que Jonas a commencé à ne pas vouloir aller là où il voulait aller, précisément parce que c’était son désir d’y aller, et qu’on met longtemps à accepter son désir quand il ne se confond pas avec une facile jouissance.

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - leçons 9 et 10

Leçon 9 et 10 – 29 mai et 19 juin 2016



En guise de conclusion

Ces chapitres qui font le livre de Joseph sont ceux où la violence mythique, meurtre ou sacrifice, se dirige vers les compromis historiques qui sortiront l’humanité de la Genèse. Joseph est celui par qui se met en place un discours partagé, un davar, par qui la sauvagerie d’une fraternité non organisée se transforme pour faire place à la paix des frères, par qui passe l’effort humain prodigieux qui détache l’événement de la parole des forces naturelles. Dans ce texte, mises en abyme de notre lecture résolument anthropologique – au sens où Lévi Strauss appelait anthropologie l’étude des structures de la parole – nous avons cherché les règles du partage de la parole qui ont ouvert la possibilité d’une civilisation des frères.

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - leçon 8

Leçon 8 – 10 avril 2016


Joseph, l’économiste du divin

Etre le passeur d’un désir qui échappe est l’opération hébraïque dont Joseph est le héros, ou bien plutôt l’anti-héros. En effet il s’agit pour lui, tant dans son témoignage de la vie à partir du rêve que dans la transmission à chacune de ses passes du bâton d’un supplément caché, de porter un écart qui fait trace et n’a pas vocation à se résoudre, à rebours de toute velléité d’unification ou de dévoilement.

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - Leçon 7

Leçon 7 – 10 avril 2016


Joseph, un sachem
Plaçons pour ce cours nos pas dans ceux de Levi Strauss et regardons le livre de Joseph comme un livre d’anthropologie. Il s’y lit un modèle d’organisation de la parenté et au-delà de la société où la rigueur structurale affleure, bien que toujours entrelacée au rêve. Les peuples que nous appelons parfois premiers savaient que toute société avait à faire place au rêve, ce que Freud a réintroduit au cœur de notre civilisation. Pour les Hébreux l’antagonisme entre structure et rêve se résoudra dans son dépassement au Sinaï, dans l’institution mosaïque vers laquelle nous pousse Joseph.

L’antagonisme structural que Lévi-Strauss met au cœur de l’organisation sociale, qu’il prenne la forme d’une lutte entre deux clans ou de toute autre séparation, peut s’énoncer aussi comme l’opposition du réel et du rêve, ce que Freud appellera assez aimablement principe de réalité et principe de plaisir. Ce peut être aussi l’opposition entre le jour et la nuit, ou entre la lune et le soleil. C’est aussi l’opposition entre les enfants de Léa et ceux de Rachel, par laquelle court dans les générations le tragique biblique

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - leçon 6

Leçon 6 : Deux frères

A la question de savoir pourquoi la tradition réserve à Joseph le surnom de juste, de tsadik (צדיק), nous ne voudrons pas apporter une réponse univoque mais juste remarquer que s’il y a quelque chose que le tsadik ne peut pas faire c’est bien s’asseoir, du moins hors l’étude. S’asseoir est le mot de la yeshiva, non du confort bourgeois. Sachant que la tranquillité l’attend quelque part dans le monde à venir, dans le olam haba, העולם הבא, le juste mène en mouvement l’opération de sa vie. Et c’est pour l’homme biblique une obligation presque révolutionnaire à aller vers le renouveau, le hidouch  en relation sans doute avec l’agitation hébraïque qu’on a pu observer à des époques plus modernes dans les nations… En tout cas c’est bien à rebours du geste de Joseph que le verbe lachevet לשבת, s’asseoir, a donné son nom à la paracha centrale de l’histoire de Joseph (Gen 37,1 à 40,23), vayechev jacob, וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, du nom de ce moment où Jacob avait voulu se fixer sur la terre où ses pères avaient circulé en étrangers, se croyant peut-être lui arrivé.

Joseph est ce sujet toujours en mouvement, mutations et métamorphoses, qui ne tient littéralement pas en place, comme si l’exil était sa vraie patrie.

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - leçon 5

Leçon 5 (François Ardeven et Claude Birman)

Je reçois pour ce passage de l'étude de l'année consacré à la reconnaissance, à l'agnition des frères entre eux, Claude Birman, philosophe et talmudiste fort reconnu et dont, dans un coin d'un petit amphithéâtre de l'ancienne Ecole polytechnique, comme une souris pas de celles qui rongent le rouleau d'Esther, comme enseigne le Talmud[1] j'avais écouté des cours il y a bien longtemps. Claude Birman fut un élève de Jacques Derrida et appartint au petit cercle d'étude du précieux Jean Zaklad. Cela me réjouit quand s'abat le temps d'une lecture le mur temporel qui sépare les générations, les origines. L'amitié a cette vertu sur l'amour qu'elle peut prétendre à la raison, ce dont témoigne l'histoire de Joseph, qui, après tout, est un petit traité des passions, avec deux frères, le futur vice-roi et Juda, différemment constitués du point de vue des affects.

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - leçon 4

Leçon 4  (François Ardeven et Delphine Renard[1])


Le temps de la pulsion

Ces dix derniers chapitres qui font un bouquet final à la Genèse et qu’on a pu appeler le Livre de Joseph sont l’histoire de la décentration d’un humain, la dé-narcissisation d’une narcissisation[2] beaucoup trop grande. L’amour un peu délirant que Jacob portait à Joseph, et par lequel inlassablement il réincarnait Rachel, avait fait de lui un enfant rapporteur se pavanant devant ses frères dans le fameux manteau qui n’était autre que la robe de mariée de sa mère, ce ketonet passim, aux bigarrures extraordinaires, avantage trop considérable dont son père lui avait fait don. Dans cette robe qu’on imagine des pharaons, Joseph était déjà comme pris dans l’incestuel égyptien. Et si, comme le suggère Freud dans son Homme Moïse, être juif, c’est être égyptien hors d’Egypte, la figure de Joseph illustre le chemin inverse. Juif déjà, il lui fallait sortir de l’incestuel, s’arracher ce manteau, cette glu, ce placenta maternel.

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - leçon 3

Leçon 3


Une logique substitutrice trame le texte

Ce manteau multicolore et à bords, ce ketonet passim, enveloppe massivement le texte, faisant corps avec lui, comme si c’était par ce tissu que s’organisait la transmission de ce qui a été donné au début et qui doit toujours passer dans les pages de la torah. Ainsi, le vêtement que Jacob a donné à Joseph, ce manteau massif et importable parce que stigmatisant trop l’originalité de Joseph, devient au fur et à mesure que l’histoire se tisse le texte lui-même. Et le récit est d’un type nouveau dans la bible, sa texture laissant paraître de grosses mailles que nous tentons de saisir comme en écho de ce vêtement improbable. Thomas Mann s’en empare aussi, pressentant qu’il y a là matière à protéger l’humanité durant la période troublée où il écrit.

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - leçon 2

Leçon 2 : Textes et chiffons en tout genre

Joseph fut investi magistralement par Thomas Mann. Le chapitre de Joseph et ses frères consacré à la robe multicolore du futur vice-roi, cette buntes Kleid, on veut le lire comme un midrach, comme une invention presque familière, presque bourgeoise, qui vient nommer ce que l'histoire des versets ne dit pas[1]. Jacob est dans sa tente en poil de bouc et discute avec son fils trop préféré avec une forme de désinvolture. Une transmission s'informe autour d'un tissu, d'une texture, d'un schmattes presque. Rien n'est encore vraiment défini, légiféré, sinon que le mouvement, l'expropriation d'Abraham ondoie encore dans la troisième et quatrième génération. C'est le temps des bénédictions simples, sans appareil juridique, où ce qui vient du père coule dans le fils préféré, au risque des jalousies caïniques des tout débuts de l'homme.

Midrach laïque "Joseph et ses frères" - leçon 1

Leçon 1 : Entre mythologique et historique, Joseph

Joseph est comme un livre dans le livre avec quelque chose d’un conte oriental[1] dont il faudrait tirer une leçon. Trouver une leçon, ou du moins un passage entre ce qui arrive dans le texte et ce qui arrive dans nos vies est bien le tissage qu’opère l’étude midrachique telle que nous la pratiquons. Le texte biblique, en raison d’une performativité un peu mystérieuse, fait que notre lecture, comme en miroir agissante, en symbiose avec nos vies, nous modifie aussi. C’est une grande différence avec l'étude scolastique issue de la Grèce. Du reste le verbe étudier en latin, studeo, n’appartient pas à la catégorie déponente[2] que la grammaire latine réserve aux verbes dont l’action modifie le sujet, tandis que l’étude juive porte ce levain déponent qui la rend incontrôlable.

La trame générale de l’histoire de Joseph, telle que racontée dans les derniers chapitres de la Genèse, en fait un récit de contes et légendes, rebelle à toute synthèse, dont les rebondissements sont autant d’explorations de possibilités ou de hasards explosant en changements extrêmes de fortune et s’imageant dans des costumes qui vont du fameux manteau multicolore (ketonet passim) au costume de vice-roi d’Égypte, en passant plusieurs fois par la nudité de la fosse ou du cachot.

La conversation continue



A propos de L’événement psychanalytique dans les entretiens en yiddish.
   Préface de Robert Samacher. Max Kohn, Collection « Culture et langage »
   Editions MJW Féditions, Paris, 2015.
            Site : http://www.maxkohn.com


Le dernier livre paru de Max Kohn est son texte le plus polyphonique. A mesure que son œuvre progresse, avance, la nécessité d’un style différent apparaît. L’exposé linéaire, comme l’aime la linguistique ou le positivisme, n’est pas adéquat à son objet comme dirait Spinoza que Max Kohn aime parfois citer, en élève ravi de Robert Misrahi.
En plus de dix ans Max Kohn a collecté plus de trois cents entretiens de yiddishophones de par le monde, sorte de grande archive vocale et visuelle d’un certain état de cette langue « mappemonde » pour reprendre le mot de Rachel Ertel et de la civilisation de la yiddishkeyt.

Midrach laïque "Esther et Ruth" - leçon 9

Leçon 9 : Ce que disent les petites souris[1]
 
Parfois il y a un trou dans la loi des hommes et il faut que quelqu’un s’y colle pour le combler, quelles qu’en soient les conséquences pour lui-même « si je dois périr, je périrai  (caacher avadeti avadeti » וְכַאֲשֶׁר אָבַדְתִּי, אָבָדְתִּיdit Esther en 4,16, « si je dois être désenfanté, je serai désenfanté [2]» Im shakholti, shakholti  כַּאֲשֶׁר שָׁכֹלְתִּי שָׁכָלְתִּיdit Jacob en Gen 43,14. Il faut toujours être prêt à mourir d’une certaine façon pour le bien du cosmos. C’est ainsi qu’on ne meurt pas, et que même on devient sujet de sa vie. La décision prise, encore faut-il trouver le passage. Esther s’y reprend à trois fois, comme le suggère à nos oreilles latines son nom fait de es sujet, et ter trois.

Midrach laïque "Esther et Ruth" - leçon 8

Leçon 8 : Entre débordement et retrait

Dans la tradition midrachique Esther est rangée du côté de la faiblesse. Qu’elle ait obtenu la tête du grand vizir, vaincu le roi et évité à son peuple l’extermination n’est pas de nature à modifier le partage que fait le talmud entre les membres des deux familles issues de Rachel et de Léa, les deux sœurs qui furent les femmes de Jacob. Qu’il y ait ces deux familles humaines qui avancent, celle de Léa robuste et solaire et celle de Rachel, fragile et comme repoussée par l’histoire, c’est tout le tragique biblique.

À quel point Esther appartient de plein droit à la lignée de Rachel

Midrach laïque "Esther et Ruth" - leçon 7

Leçon 7 : Esther, la langue et sa part d’ombre

Aman, le méchant de l'histoire de Pourim que Barthes considérait comme un parvenu jalousant la noblesse toute symbolique d’un Mardochée qu’est-il en fait ? Son nom Aman המן signifie « quoi ?» et le midrach a l’habitude de l’enfermer dans cette question par opposition à Esther dont la question est celle du « qui ? » Comme le héros d’une tragédie grecque Aman lutte pour s’extraire de la question dont est porteur son nom, et la réponse qu’il obtient à la fin est sans appel : «  tu es un mort ». La manne homonyme en hébreu - fut une autre question sans réponse, sous la forme d’un pain tombé du ciel. Mais Aman n’a pas reconnu la grâce, qui échappe à toute détermination chosiste, et ne se laisse pas catégoriser au sens grec de ce mot. À force de chosification des autres il s’est retrouvé lui-même chosifié, accroché à la corde trop longue du noun[1] de son nom, comme pendu à l’arbre où se pend celui qui n'a pas compris que la manne, c'est le pouvoir de se poser des questions.